Extrait de l’interview accordée à la revue « Perspectives » de la CCIFA (Chambre de Commerce et de l’Industrie Franco-Argentine)

 

L’origine de votre passion pour l’Argentine et l’Amérique Latine en général ?

 

L’Argentine nous a rapidement beaucoup plu, à moi et à ma famille. Nous avons passé quatre années incroyables dans ce magnifique pays dans lequel nous retournons régulièrement  après y avoir investi avec quelques amis dans un projet vitivinicole  à Mendoza. Nous connaissons maintenant presque tout le pays depuis Abrapampa au Nord jusqu’à Ushuaïa, mais aussi le Chili, Brésil, Uruguay, Paraguay, Bolivie, Pérou, Mexique…Au  niveau du  travail j’ai eu une surprise très agréable concernant le  niveau scolaire et universitaire des employés. Je croyais que nous allions avoir à faire venir  un grand nombre d’expatriés, comme ce que faisaient un certain nombre d’entreprises françaises ou non  qui nous ont précédés. Mais nous n’avons jamais été plus d’une dizaine d’expatriés dans des fonctions bien précises , parce que nous avons découvert et recrutés de nombreux jeunes argentins brillants et très bien formés , lesquels en grande majorité ont maintenant des postes très importants dans le Groupe Danone ou ailleurs !

Quels aspects de la culture argentine vous ont particulièrement marqués ?

 

Au début, ce qui nous le plus surpris étaient les contrastes d’une ville assez européenne en pleine Amérique du Sud, avec des contradictions, des paradoxes, et un écart  entre une pauvreté extrême et des gens très riches. Concernant les marchés, ce n’a pas été très compliqué : une tradition existe, bien enracinée de vente d’eau minérale, de galletitas et de friandises. Peut-être, le plus lent a été d’installer la coutume des produits frais : en  France les yaourts se vendent par packs de 16, et en Argentine par unité. Nous avons découvert  le monde des kioscos qui est un important canal de ventes. 
Sur  un aspect plus personnel, j’ai découvert que les Argentins connaissent et aiment la France et les français et d’ailleurs j’ai écrit un essai dénommé « Mucho Mas  » (pas encore publié), où j’écris  que l’Argentine est beaucoup plus que ce qu’en connaissent les français – et quelques argentins –mais un peu moins que ce qu’en disent et pensent certains « porteños » . Par exemple l’asado est plus qu’un repas, le maté est plus qu’une boisson, le foot est plus qu’un sport, le tango est beaucoup plus qu’une danse, le « truco » est plus qu’un simple jeu de cartes, , le gaucho est plus qu’un cowboy…

Par ailleurs , j’ai découvert qu’il y avait l’inventeur de l’opération de la myopie à Mendoza et l’histoire du grand spécialiste des maladies cardio-vasculaires (Dr Favaloro) et la passion argentine par les nouvelles technologies. Une anecdote : à mon arrivée chez Bagley en Janvier 1995 il y avait Internet  alors qu’il n’existait pas au siège de Danone à Paris! En Argentine il nous a fallu quelques semaines pour mettre en application le logiciel de gestion JD Edwards, alors que l’implantation de SAP en France a pris beaucoup plus de temps et a coûté beaucoup plus cher ! Idem pour l’implantation de Peoplesoft !

 

Vous avez aussi travaillé avec l’intérieur du pays ? 

 

Oui, nous avions une usine de Bagley à Villa Mercedes , province de San Luis, avec 1200 employés dont  80 % de femmes. Nous avons commencé  des actions de formation, avec des niveaux supérieurs à ceux de la France. J’ai appris qu’il y avait seulement 4% d’analphabétisme en Argentine contre 10% en France ! Dans de nombreux cas , nous étions obligés en France de réapprendre à lire et écrire aux ouvriers alors qu’à Villa Mercedes les salariés avaient été au moins jusqu’à 16 ans au collège et travaillaient très bien avec en plus la motivation pour connaître, apprendre , progresser !

 

Qu’avez-vous appris de votre séjour en Argentine ?

 

Le bon sens, la proximité, l’intelligence des situations de la vie quotidienne. Un  argentin n’a jamais de problèmes, tout finit  par s’arranger et se régler. En France il faut faire des groupes de travail, organiser des réunions …J’ai rencontré ici des gens ouverts, désireux d’apprendre. Dans les pays dits « émergents » –comme l’Argentine- tout ce qui est nouveau est beau et bon à priori. En France nous ne sommes pas ouverts à cette idée du changement de paradigme comme je l’ai vu au Canada, en Australie, en Afrique du Sud, au Brésil, au Mexique, en Argentine…  ou dans certains pays de l’Asie et de l’Europe de l’Est. Je pense  que l’Argentine est un pays résilient : toujours entre deux crises – la passée et la future-mais quand  tout marche bien ce n’est jamais l’euphorie définitive , mais quand tout va mal à cause des crises , ce n’est jamais non plus le drame définitif parce que l’on sait que demain les choses iront mieux !

 

Dans cette nouvelle étape de votre vie(Conseil en Management / RH) , votre expérience en Argentine vous est-elle utile et faites vous  part de l’expérience accumulée pendant ces années ici ?

 

Oui bien sûr , j’utilise toute cette expérience avec les clients du  cabinet conseil que j’ai crée en matière de stratégie , management et gestion des ressources humaines. En 1998, grâce à mon ami José Farias pour l’organisation de la  Danone World Cup avec les salariés et leurs  enfants, je suis entré en contact avec le staff de la sélection française de football. Nous avons aussi organisé  un grand tournoi de football avec La Serenissima, qui a impliqué  15.000 enfants des « villas miserias » : les gagnants ont gagné un voyage  à Paris pour les quarts de finale de la Coupe du Monde. Pas besoin de vous raconter comment les yeux de ces enfants  brillaient! Grâce mon ami José Farias j’ai fait la connaissance d’Aimé Jacquet (Directeur Technique du Football français après avoir gagné le Mondial 98). Nous l’avons fait venir  en Argentine pour découvrir le football  argentin. Quand je suis rentré en France, j’ai travaillé avec lui à Clairefontaine pour créer et  animer des formations auprès des entraîneurs  et notamment pendant six ans avec  le staff de l’équipe de France.

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